Sur les pas de Léonard De Vinci

Après le succès de Misérables, William Mesguich et son équipe de comédiens-chanteurs-musiciens ont décidé de plonger dans l’histoire d’un des plus grands génies de tous les temps : Léonard De Vinci. Lors d’une de ses visites au Louvre, Lisa, jeune artiste plasticienne et son frère Léo vont être transportés cinq cents ans en arrière par l’intrigante Joconde… Ce voyage fantastique et musical en pleine Renaissance italienne va être l’occasion pour eux de rencontrer et côtoyer le grand maître Da Vinci, peintre, sculpteur, inventeur fou, humaniste, précurseur dans de nombreux domaines et rêvant de faire voler l’Homme. Parce que le présent se nourrit de l’héritage du passé et que la transmission est essentielle, Léo et Lisa ne seront plus jamais les mêmes après cette rencontre initiatique.

mercredi 26 février15h
samedi 29 février15h
dimanche 1 mars15h
mercredi 4 mars15h
samedi 7 mars15h
dimanche 8 mars15h
mercredi 11 mars15h
samedi 14 mars15h
dimanche 15 mars15h

Coïncidences Vocales & Théâtre de l’étreinte

Texte : Estelle Andrea. Mise en scène : William Mesguich.
Compositions musicales : Estelle Andrea et Oscar Clark.
Costumes : Alice Touvet. Création lumières : William Mesguich
Avec Estelle Andrea, Oscar Clark, Julien Clément, Magali Paliès

Dates des matinées scolaires

Mardi 3 mars 2020 9h30 14h30
Jeudi 5 mars 2020 9h30 14h30
Mardi 10 mars 2020 9h30 14h30
Jeudi 12 mars 2020 9h30 14h30

Dossier pédagogique

1 Léonard de Vinci, homme d’esprit universel, génial et visionnaire

L’enfance 1452 – 1468

Léonard naît en Italie le 15 avril 1452, près de Florence, dans la petite ville de Vinci. Son père Piero, est notaire, issu d’une riche famille de Toscane et sa mère Catarina, une paysanne habitant un petit village proche de Vinci. Fils illégitime, Léonard est élevé chez son père, par son oncle Francesco et son grand-père paternel. Léonard aura une éducation assez libre comme les autres villageois de Vinci. De l’âge de douze ans à quinze ans, il reçoit les rudiments de l’écriture, de la lecture, et de l’arithmétique dans une école réservée non pas aux nobles et riches familles, mais destinée aux fils de commerçants et d’artisans ; il n’y étudiera ni le latin, ni le grec, langues que doivent maîtriser les lettrés et les savants, qualifiée d’éducation « humaniste ». Il apprendra ces langues en autodidacte, vers l’âge de quarante ans. 
Son grand-père lui fait très fréquemment observer la nature, lui répétant souvent « Ouvre l’oeil ! ». Sa grand-mère, céramiste, l’a très probablement formé aux arts. Ainsi, très proche de la nature, le jeune Léonard s’intéresse à tout avec une curiosité débordante. C’est sans doute la raison qui le pousse à devenir végétarien, et à être précurseur des tendances de notre époque : il disait « ne pas vouloir faire de son corps un cimetière ». Il dessine sans cesse et se met à pratiquer l’écriture spéculaire en dialecte toscan. Il s’agit d’une inversion graphique des lettres, et l’usage d’un miroir qui reflète l’écriture est quasiment nécessaire pour la lisibilité des phrases. Gaucher de naissance, Léonard utilisera cette « écriture miroir » pour commenter ses croquis. Le dessin de « l’homme de Vitruve » en est l’exemple le plus célèbre. 

L’atelier de Verrocchio, à Florence 1469 – 1479 

Le peintre et sculpteur Andrea Verrocchio est à cette époque de la Renaissance, un artiste renommé. Il travaille pour le riche mécène Laurent de Médicis, féru de peinture et des arts en général. 
Le père de Léonard est son ami, et il lui montre les dessins de son fils ; celui-ci s’étonne du talent extraordinaire du jeune garçon et prie Piero da Vinci de lui confier Léonard pour le former. C’est ainsi qu’à l’age de quinze ans, Léonard intègre l’atelier du maître, à Florence, comme élève apprenti, dans cette école qui a formé les plus grands peintres de la Renaissance, comme Botticelli, ou Le Pérugin. Verrocchio va apprendre à son élève les techniques nécessaires à la pratique de son art, telles le dessin, les fabrications de pigments pour la peinture, les dorures, l’encadrement, mais plus encore, la menuiserie, la sculpture, la gravure, le travail du bronze, la métallurgie, le travail du cuir, du plâtre, la peinture des fresques – que Léonard n’appréciera pas beaucoup. Il acquiert de plus le calcul algorithmique, et la chimie. 
Verrocchio trouve en Léonard un artiste si exceptionnel qu’il va lui confier le soin de terminer « Le Baptême du Christ », une oeuvre qu’il a commencée dix ans auparavant. Léonard a vingt ans, il a surpassé le maître. A partir de ce moment, Verrocchio décide de ne plus peindre, et ne se consacrera plus qu’à la sculpture. Leonard aurait également servi de modèle pour son « David » et pour figurer l’Archange Raphaël dans un autre de ses célèbres tableaux. A cette époque, il était fréquent que les élèves servent de modèles pour leur maître, ce qui sera aussi le cas lorsque Léonard aura son propre atelier. Les ateliers de peintre sont des milieux exclusivement masculins, car le genre féminin en est quasiment exclu. Même si des femmes peignaient, comme Marietta Robusti, fille du célèbre Le Tintoret, elles ne pouvaient accéder au statut de maître à la Renaissance, et ne pouvaient pas diriger un atelier. 
Léonard va peindre à l’apogée de sa jeunesse son premier tableau devenu immédiatement renommé : « l’Annonciation » (1472 – 1475) ; il améliore la technique du « sfumato » qui signifie « impression de brume », avec un raffinement inégalé avant lui, et travaille la « peinture de lumière », chromatisme de couleurs atténuées transcendant le réalisme. Il restera chez Verrocchio jusqu’à l’âge de vingt-six ans, collaborant avec le maître tout en réalisant ses propres oeuvres. 

L’apogée du génie italien 1480 – 1515 

Léonard se fait rapidement remarquer par les plus grands maîtres. Florence est une ville extraordinaire, sous la coupe des Médicis, une République commerçante, emplie de fêtes. Danseur, sportif, beau et séduisant, le jeune Léonard est un homme solaire. Très élégant, il se distingue aussi par son allure vestimentaire, très libre et moderne pour son temps ; Il a une aisance sociale qui lui permet d’être considéré comme l’égal des princes. Homme plein d’humour, il griffonne sur ses carnets des rébus, des devinettes. Homme libre dans tous les domaines, il reste très discret sur sa vie intime. Ce qui lui vaut d’être dénoncé pour homosexualité, mais innocenté car celle-ci n’a jamais pu être prouvée. 
Très apprécié du clan Médicis, il quitte cependant Florence et Verrocchio pour rejoindre Milan, sous la domination des riches Sforza. Il entre à leur service comme …musicien. Ce touche-à-tout séduit les Sforza, qui vont le protéger quinze années. Il sera à Milan « ingénieur militaire », faisant la synthèse des savoirs et des oeuvres de son temps, développant le premier « dessin industriel», des dessins architecturaux complètement novateurs, créant des machines hydrauliques, …..et, observant les oiseaux, rêve de réaliser sa fameuse « machine à voler ». Il dévoue sa vie à l’étude de l’univers, et à celle du corps humain en particulier, dont il traque tous les secrets, en cherchant à comprendre comment l’homme fonctionne. Pratiquant la dissection – interdite à cette époque, il dessine des foetus, des muscles, des visages décharnés….Il décompose le mouvement du corps humain dans ses codex (petits carnets), dont il offre en quelque sorte, la première vision « cinématographique » ; pour lui il y a correspondance entre le corps et la nature, vers laquelle il revient sans cesse. 
Il ouvre à Milan son propre atelier de peinture, et prend à son tour des élèves en formation. Salai et Melzi sont les plus célèbres d’entre eux, les plus fidèles. Salai servira souvent de modèle à Léonard de Vinci, comme pour son « Saint Jean-Baptiste »… Il peint « La Cène » « la Belle Ferronnière » « La Dame à l’hermine » et bien d’autres chef-d’oeuvres. 
Vers l’âge de cinquante ans, la guerre entre la France et l’Italie pousse Léonard à devenir nomade artistique, voire un peu mercenaire : à Rome, César Borgia va l’employer quelque mois en tant qu’ingénieur militaire. Il se réinstalle à Florence en 1503, rencontre Botticcelli, et Michel-Ange, dont il devient le rival. 
Puis il retourne à Milan et ouvre de nouveau son atelier, avec quelques nouveaux disciples. 
Il peint « la Joconde », épouse d’un riche florentin, tableau le plus célèbre du monde, définit comme « le sourire le plus énigmatique » de l’histoire de la peinture. La datation de ce chef-d’oeuvre est incertaine, vers 1506, portrait alors « non finito » qu’il terminera probablement en France. François 1er acquiert ce tableau en 1518, aujourd’hui exposé au Louvre, dans les collections permanentes. 

Les années françaises 1516 – 1519 

En 1513, alors à Rome près du pape, Léonard va rencontrer François 1er … la fascination est réciproque et François 1er invite Léonard à demeurer au château du Cloux, actuel Clos-Lucé, près du château d’Amboise, résidence royale. Léonard accepte: pour lui, François 1er est le prince idéal, séduisant, jeune, cultivé, mécène des arts. Il va le rejoindre en 1516, avec ses deux fidèles compagnons artistiques, Salai et Melzi, et ses serviteurs milanais. Installé en France, Le Roi accorde au peintre les conditions optimales et idéales pour créer. 
A Amboise, Léonard met en scène quatre fêtes somptueuses, avec une scénographie extrêmement modernes (ingénierie et effets spéciaux). Le Roi et Léonard deviennent amis au point que François 1er l’appellera à plusieurs reprises « mon père ». Léonard dessine encore nombre de projets architecturaux, dont un palais à Romorantin, commandé par le Roi, mais ce projet ne verra pas le jour ; Léonard, fatigué et affaibli, voit sa santé décliner et il s’éteint au Clos-Lucé le 2 mai 1519, son fidèle disciple Melzi auprès de lui. Contrairement à une « légende », et au tableau d’Ingres, François 1er, alors à Saint Germain en Laye, ne sera pas à ses côtés au moment de sa mort. 
Dès son vivant, Léonard est un artiste célébré. Les commandes affluent, et il inspire ses contemporains. Cinq cents ans après sa mort, il continue de fasciner par son génie protéiforme et universel. Toujours en quête de perfection, de reconnaissance, son travail est souvent resté inachevé, beaucoup d’oeuvres ont été détruites ou sont à jamais perdues. Mais sa soif de beauté est absolue, et essentielle. Avec Léonard de Vinci, le bouleversement est complet : l’art a changé et le monde aussi. 

2 Le spectacle

Sur les pas de Léonard de Vinci est une oeuvre de pure fiction. Léonard de Vinci et Mona Lisa ont bien existé, mais Lisa et Léo sont des adolescents créés pour raconter cette histoire originale. 
L’auteure prend des libertés avec le personnage de La Joconde, dont on sait seulement qu’elle était la femme d’un riche florentin du nom de « del Giocondo » qui commanda son portrait à Léonard. La Mona Lisa de l’histoire est pleine de ressources : elle peut traverser le temps à son gré, retourner chez elle, à Florence, le temps d’une nuit, et reprendre la pose au Louvre chaque matin…. 
L’auteure la rend « intemporelle », comme l’impression qui se dégage en permanence de son portrait. 
L’histoire commence au musée du Louvre devant le portrait de La Joconde. Grâce à son pouvoir de « passeuse de temps », elle va permettre à Lisa et Léo, deux adolescents orphelins, d’intégrer l’atelier du Maître de Vinci, dont l’enfance fut, comme celle des deux jeunes gens, chaotique. 
Ils seront renommés Giovanni et Marco… Sans nul doute que la Joconde (via la création littéraire) les affuble des prénoms de Gian Giacomo Caprotti, connu sous le nom de Salai, qui fut l’un des deux élèves préférés et fidèles de Léonard. Un autre de ses élèves se nommait Marco d’Oggiono…. 
Ces deux prénoms inspirent la Joconde pour permettre à Léo, et surtout Lisa (travestie en jeune homme pour l’occasion), de travailler chez le Maître. Car seuls les garçons pouvaient intégrer l’académie d’un peintre renommé, les filles n’y étaient pas admises, comme pour les autres arts d’ailleurs, à cette époque. Notre histoire ici le souligne bien. 
Ils rencontrent donc Léonard de Vinci, et vont l’accompagner quelques temps dans ses expériences et autres activités scientifiques et artistiques, sous l’oeil bienveillant de Mona Lisa. 
La vie intime de Léonard est également évoquée, bien que floue … Léonard n’en ayant jamais rien dit. Seul un écrit de la fin du XVIème siècle fait état de la relation amoureuse que Léonard aurait eue avec Salai. Dans une chanson, Léonard parle de préférence pour les garçons …sans plus. Mais à cette époque différente de notre XXIème siècle, l’homosexualité était un grave délit et sévèrement sanctionnée. 
Tous les domaines recouvrant le génie multiple de Léonard sont énumérées dans cette création musicale (chansons Machine à voler, Toujours inventer ). Léonard est un peintre débordé par ses commandes à honorer, son travail de recherche scientifique, d’ingénierie militaire, ses réflexions philosophiques et existentielles, et les cours de formation à ses disciples … sans compter son « métier » de scénographe de fêtes mondaines . L’auteure montre l’exubérance de ses talents et de son caractère, tout en insistant sur sa capacité à éblouir ses proches et leur insuffler la volonté de vivre intensément pour créer eux aussi. 
Cette création théâtrale et musicale offre une large approche des thèmes sociétaux et une réflexion ouverte sur l’évolution de l’humain à travers les siècles. 

3 Les personnages

Léonard de Vinci 
Nous sommes à la Renaissance. Le maître est dans son atelier, en pleine folie créatrice. Le personnage de Léonard est toujours en transe, perpétuellement en train de griffonner, décrivant sa machine à voler, se confiant aux deux adolescents sur ses travaux anatomiques, sur son écriture codée. Il leur explique qu’il doit assurer la logistique et la mise en scène d’une prochaine fête grandiose que le Duc lui a commandé. 
Léonard de Vinci apparaît dans cette création comme un peintre reconnu, mais aussi le génie aux multiples facettes qui passera à la postérité. Il a un côté tendre et pédagogue. 
Il nourrit une relation particulière avec son modèle, la Joconde, femme d’un riche florentin, dont il a fait le portrait, et qui lui rend visite de temps à autre. 

Mona Lisa, dit La Joconde 
Exposée au musée du Louvre, elle remarque Lisa, souvent courbée sur son carnet d’esquisses et qui essaie de reproduire son mystérieux sourire.Nous comprenons vite qu’elles entretiennent une relation quasi mère-fille, elle est très attendrie par Lisa. Reconnaissant en elle quelque chose du talent du Maître, elle décide l’emmener au siècle de la Renaissance accompagnée de son frère Léo, pour rencontrer Léonard de Vinci. Elle est « le passeur » entre passé et présent. Elle assure son travail de « portrait exposé » avec grand sérieux, fidèle à son poste aux heures d’ouverture au public du musée. La nuit, elle se rend chez elle, à Florence, dans son palais, au XVIème siècle. 
C’est un personnage à l’opposé de sa réputation de portrait, empreint de douceur, de mélancolie, et de mystère….Ici, elle est vive, pleine d’esprit, d’humour et avec un fort caractère (quelque peu féministe ?!), plaidant en faveur de Lisa et Léo pour que Léonard de Vinci les accepte dans son académie. Elle s’entend à merveille avec lui et nourrit une profonde admiration à son égard. 

Lisa 
Lisa est une jeune fille douce et sage. Orpheline de ses deux parents, elle s’occupe de son frère Léo, adolescent au tempérament opposé au sien. 
Elle sait ce qu’elle veut faire dans sa vie : peintre, comme Léonard de Vinci, qu’elle admire énormément. Elle cherche constamment à se perfectionner. C’est ainsi qu’elle entraîne le plus souvent possible son frère au musée du Louvre, où elle pose ses cahiers de dessin face à La Joconde, en qui elle reconnait une « amie » bienveillante. Là elle tente de percer par le trait, son mystérieux sourire, pour égaler le Maître. 

Léo 
Le jeune Léo est protégé par Lisa. Orphelin comme elle, il n’a plus que sa grande soeur au monde. Il la suit partout et n’hésite pas une seconde à traverser le tableau de La Joconde pour l’accompagner chez Léonard, 500 ans plus tôt. Contrairement à Lisa, il est assez perdu et ne sait quoi faire de sa vie. Il a aussi un tempérament plus turbulent. Désemparé quand il se retrouve dans l’atelier de Léonard, celui-ci va lui faire confiance, le traiter avec bienveillance, et l’écouter avec attention. 
Impressionné par Léonard, et par l’intérêt que celui-ci lui porte, Léo va s’intégrer très vite aux pratiques de l’atelier, enfin trouver une raison de vivre, une activité constructive et le goût d’apprendre. En le considérant, Léonard lui prouve qu’on peut à tout moment de sa vie trouver sa voie. 

4 Questions à Estelle Andrea, auteure et compositrice 

Pourquoi avoir choisi d’écrire une fiction dont le personnage notoire est Léonard de Vinci ? 
Léonard de Vinci fait partie de ces immenses figures de l’histoire universelle auxquelles il est essentiel de rendre hommage et dont nous avons le devoir de rappeler l’oeuvre aux nouvelles générations. Bien qu’étant une fiction, Sur les pas de Léonard de Vinci reste très fidèle à ce que nous savons de Leonardo. 
L’histoire que j’ai inventée est d’abord un prétexte à raconter un moment de sa vie, qui se situe à Milan dans la dernière décennie du XVème siècle. 

Avez-vous dû faire des choix en laissant de côté certains traits de sa vie si riche en talents multiples ? 
Bien évidemment. Car le format d’un spectacle familial d’environ une heure ne permet pas de tout aborder avec un génie aussi éclectique et prolifique que lui. J’ai axé mon travail d’écriture autour des thématiques suivantes : Léonard peintre, Léonard inventeur rêvant de faire voler l’homme, Léonard et l’anatomie, Léonard l’humaniste, Léonard ordonnateur de spectacles. 

Votre création présente des thèmes actuels. Lesquels ? 
Ecrire un spectacle qui évoque un voyage dans le temps et « une porte ouverte entre le passé et le présent » offre la possibilité de développer des thèmes comme la place de la femme dans la société, l’homosexualité, le végétarisme, le droit à l’instruction et le système scolaire. 

Vous avez aussi composé des chansons liées au texte. Qu’apportent-elles au spectacle ? 
Cette création s’inscrit dans la tradition du « théâtre musical », genre que j’affectionne particulièrement car il allie le verbe à la musique et offre des respirations poétiques à l’action. La douzaine de chansons du spectacle donne du relief aux dialogues. Comme dans l’opéra ou la comédie musicale, les moments chantés permettent à un ou plusieurs personnages d’exprimer leurs états d’âmes. Une chanson, c’est l’occasion de mettre en exergue un instant de folie, d’amour, de révélation, de rêve, de cauchemar… 
Je n’ai pu résister bien sûr à l’envie d’utiliser quelques réminiscences de la musique italienne de la Renaissance. 

Quelle est la place de votre création dans le panorama culturel actuel consacré à Léonard de Vinci ? 
Le 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci en 2019 fait énormément parler de lui en France, en Italie et partout dans le monde. Notre spectacle prend sa place bien évidemment dans ce « coup de projecteur » de manière originale et complémentaire des expositions et conférences diverses. C’est l’occasion pour un large public de pouvoir vivre en direct un rendez-vous théâtral et musical avec ce grand homme, interprété sur scène par un comédien et chanteur baryton. 

5 Questions à William Mesguich, metteur en scène 

Que représente pour vous la mise en scène d’une oeuvre de fiction autour de Léonard de Vinci ? 
Cheminer avec Vinci, c’est cheminer dans des mondes incroyables, où les idées les plus belles, les plus folles trônent et fusent comme des joyaux indescriptibles. 
Avec Léonard de Vinci, on s’aventure dans les méandres de la pensée humaine, on plonge dans des univers aussi différents que ceux de la peinture ou l’architecture. Le champ des possibles est ouvert et terre d’accueil des excès les plus fulgurants. 
Pour un metteur en scène, c’est la porte ouverte à de nombreuses tentatives artistiques et l’opportunité de « se frotter » à un génie qui a révolutionné le rapport au monde et à l’invention de mondes nouveaux (anatomie, urbanisme, peinture, sciences mathématique et physique etc..). 

Quels fils de mise en scène avez-vous choisis pour nous donner à voir et entendre ce texte oscillant entre Renaissance et XXI ème siècle ? 
« Sur les pas de Léonard de Vinci » permet d’éclairer notre monde moderne et contemporain à l’aune de la vie à la Renaissance. Entre l’atelier de Vinci à Milan et la salle du Louvre où est exposée la Joconde, il y a un passage, un transfert, une passation, un ricochet historique, fantasme qui, par la grâce du théâtre, est un va et vient entre deux mondes. Tout se passe comme si le théâtre ouvrait une porte qui réfléchirait les deux univers, pour mieux en saisir « la réalité ». L’espace-temps est bouleversé et l’illusion prend le pas sur le vraisemblable ou je ne sais quelle reconstitution historique. C’est par le trou de la lorgnette que les spectateurs du XXI ème siècle vont pouvoir goûter à la singularité d’un temps passé, qui semble lointain, mais qui va devenir lui aussi contemporain puisqu’il se révèle également, ce temps, aux spectateurs qui sont dans la salle. 
Le son, la lumière, la vidéo et la musique seront alors des atouts qui permettront d’osciller dans les deux mondes 

Quelle est l’importance des moyens techniques utilisés pour valoriser cette création originale ? 
Il s’agit d’un spectacle théâtral et musical. La musique sera donc en première ligne et entraînera petits et grands dans les aventures du génie florentin. 
La vidéo, dont Vinci aurait été fou, sera présente pour renforcer la singularité et le tourbillon des idées novatrices du maître. Images de machines à voler, écriture à l’envers, comme codée, formules mathématiques et ébauches de prototypes en tous genres, parsèmeront le spectacle et rajouteront du baroque au propos. 
Le spectaculaire, je l’espère, sera ainsi renforcé comme si ces projections étaient un programme passionné de l’esprit toujours en ébullition de cet inventeur hors norme. 

Est-il difficile de diriger des comédiens qui sont également des musiciens et des chanteurs professionnels ? 
C’est un plaisir de diriger des artistes de cette qualité. Leur niveau vocal est remarquable et ils sont d’excellents comédiens. Il faut parfois les pousser dans des retranchements de jeu qui les éloignent de certaines habitudes qu’ils ont quand ils chantent. Mais pour bien chanter, il faut bien interpréter, et en cela, ils excellent. 
La frontière du jeu purement théâtral et du « jeu chanté » est ténue, en même temps qu’elle demande de la précision et un engagement singulier pour maintenir le spectaculaire de la voix chantée au moment où il s’agit de faire entendre la voix du théâtre, la « voix parlée ». Nous nous y attelons avec beaucoup d’ardeur et les chanteurs comédiens qui composent ce spectacle se prêtent au jeu avec ardeur, discipline et joie. 

Est-ce plus complexe et différent de mettre en scène une création « jeune public »qu’un spectacle destiné à un public adulte ? 
Mettre en scène un spectacle dit « jeune public » ou « familial » est une grande responsabilité. 
A Paris-plaine, là où nous créerons le spectacle, nous serons comme à Broadway comme au Palais des Papes. Il faut du coeur, de l’engagement, une volonté de feu pour faire le plus beau spectacle du monde. Les enfants sont très exigeants et sanctionnent très lourdement l’à peu près. L’intelligence et la beauté doivent les toucher autant qu’elles doivent toucher les adultes. Les enfants sont terre d’accueil des plus belles musiques, des plus beaux regards, il faut es bouleverser, les déranger, les séduire par la poésie et l’élégance induites par la plongée artistique. 
C’est une gageure passionnante que de ravir les jeunes âmes, qui ainsi plus tard, auront, je l’espère, l’occasion de goûter à nouveau au plaisir de l’esprit et du coeur. C’est un luxe d’avoir le choix de retourner au théâtre ou à l’opéra, une fois que l’ignorance liée à la méconnaissance aura quitté ces jeunes pousses « en devenir artistique ».